Le Porge reste bouclé. Les habitants ne reviendront que plusieurs jours plus tard. Entre-temps, les équipes de déminage ratissent la zone, sondent les terrains où le feu a mordu. « Une fois les démineurs passés, la zone a été complètement sécurisée sans que ces obus ne fassent de blessés. » Les parcelles sont balisées, les engins détruits ou emportés. Officiellement, le danger immédiat est levé. Officieusement, l’idée qu’un stock d’obus dormait là, sous les pins, s’installe dans toutes les têtes.
Un obus dans le dressing, et une commune qui doit réapprendre à vivre
Lundi 27 juillet, alors que le village commence à rouvrir, un voisin fait une ronde dans ce lotissement en lisière de forêt. Devant une maison épargnée par les flammes, il remarque quelque chose d’étrange sur un volet. Il appelle Hugo, le fils du propriétaire : « En faisant une ronde, il a remarqué un trou dans le volet de la maison. On a d’abord cru au passage de cambrioleurs. » Le père obtient l’autorisation de revenir. Il pénètre dans la maison, suit le trou dans le volet, la vitre brisée. Au fond du dressing, il tombe sur un obus, planté là. « La maison a survécu aux flammes, mais elle a été transpercée par un obus », soupèse Hugo. Dans ce lotissement, cinq maisons sur quarante-cinq ont brûlé. La sienne, non. Mais un projectile de 39-45 a traversé son intimité.
Depuis, une question tourne en boucle : et si quelqu’un avait été là, cette nuit-là ? Au Porge, beaucoup découvrent qu’ils vivaient au-dessus d’un passé enfoui, prêt à exploser avec la moindre étincelle. Les ruines de 184 maisons, les pins calcinés, les volets criblés racontent désormais deux histoires entremêlées : celle d’un feu de forêt hors norme, et celle d’un village de 2026 rattrapé par des obus oubliés depuis plus de soixante-dix ans.