Elle ne ressemble à aucun chagrin que vous ayez connu auparavant.
Avec un ex-conjoint, vous pleurez des souvenirs précis, des disputes, des réconciliations, une vie partagée.
Avec cet homme, vous pleurez autre chose. Vous pleurez un fantôme. Vous pleurez ce qui n’a jamais eu lieu.
Et pourtant, les larmes montent, la poitrine se serre, les nuits deviennent blanches. Comment est-ce possible ?
Comment souffrir autant pour quelqu’un que vous n’avez jamais vraiment possédé ?
La société parle rarement de ces amours empêchées, de ces « presque histoires » qui laissent des traces profondes.
On vous regarde parfois avec incompréhension, comme si votre douleur n’était pas légitime.
« Mais vous n’étiez même pas ensemble », vous lance t on.
Cet article ne cherchera pas à nier votre souffrance.
Il tentera simplement de l’expliquer, de la déplier couche après couche.
Car cette douleur a des mécanismes précis, des racines biologiques, des fonctions psychologiques que vous méritez de comprendre.
Vous n’êtes ni naïve, ni dramatique, ni faible.
Vous êtes une femme qui aime, et qui doit faire le deuil d’un futur qui n’adviendra jamais.
Une douleur qui naît du manque d’un futur possible, non d’un passé perdu
La particularité de ce chagrin, c’est que vous ne pleurez pas des souvenirs, mais des projections.
Votre esprit a passé des heures à imaginer.
Vous vous êtes vue marcher main dans la main dans cette rue que vous aimez tant.
Vous avez construit votre future cuisine ensemble, choisi des prénoms pour des enfants qui n’existeront jamais, planifié des vacances au Japon.
Aucune réalité n’est venue décevoir ces fantasmes.
Aucune dispute sur la vaisselle, aucune lassitude, aucune belle famille envahissante.
L’amour empêché reste figé dans sa perfection potentielle. Quelle terrible malédiction !
Vous souffrez donc d’un deuil anticipé, d’une nostalgie du futur.
Les psychologues appellent cela le « deuil de l’opportunité ».
Chaque matin, votre cerveau active à nouveau l’espoir, puis chaque soir vous devez l’éteindre. Cette répétition épuise.
Sans jamais avoir vécu la relation, vous en subissez déjà la fin.
Voilà pourquoi votre douleur semble si disproportionnée : elle porte le poids de tout ce qui n’arrivera jamais, et ce poids est infini.