Et pourtant, elle sait.
À la fin du repas, elle aide sa mère à débarrasser. Dans la cuisine, elle lâche :
— Dis… est-ce qu’il y a quelque chose que je devrais savoir sur ma naissance ?
Sa mère sursaute. Blêmit. Pose l’assiette. Puis, dans un souffle :
— Ce n’était pas prévu… C’était une erreur. Mais ton père t’a aimée dès le premier jour. Et il t’aime toujours. On a eu relation une fois, avec Laurent, un homme rencontré dans un club (et qui est devenu un ami de la famille par la suite). C’était une erreur, en fin non, parceque tu es là….
Emma sort de la maison tremblante. Le sol se dérobe.
Elle repense à son enfance, à toutes ces petites phrases qui prenaient soudain un autre sens. « Tu n’as pas le caractère de ton père. » « Tu es si différente. » Elle croyait que c’était de l’humour.
Elle hésite à contacter Laurent, son oncle. Le message reste dans ses brouillons pendant des jours. Puis, un soir, elle clique sur envoyer.
Trois jours plus tard, une réponse. Polie. Gênée. Humaine. Il se souvient d’une liaison brève. Il ignorait tout. Il est bouleversé. Il propose une rencontre.
Emma accepte.
Dans un café de gare, elle découvre un homme nerveux, au sourire triste. Il n’avait jamais beaucoup échangé par le passé. Il lui parle de sa passion pour la musique. Emma aussi joue du piano. Il parle de son obsession pour les polars. Emma sourit : elle en a des étagères entières. Des détails, des ressemblances, des silences.
Ils ne se prennent pas dans les bras. Ils se regardent. Longtemps.
Emma rentre chez elle. Elle ne sait pas ce qu’elle va faire de cette vérité. Mais une chose est sûre : il y a un avant, et un après ce test ADN.
Sur Instagram, elle poste une photo d’un puzzle en cours. Et cette légende discrète :
« Parfois, il manquait juste une pièce. »